Rêveries poétiques de Didier Labour
Ce recueil m’est arrivé par la poste. Les éditions Le Lys Bleu m’avaient écrit quelques semaines plus tôt pour me le proposer, et je l’ai trouvé un matin dans…
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108 portes entrouvertes sur la Voie Poétique
Cent huit poèmes écrits depuis l'intérieur d'une vie qui n'a jamais cessé de chercher. Sept ensembles, du feu au silence, de l'amour à la révolte, chacun tenant sur ce seuil où la lumière et l'ombre cessent de s'exclure. Un recueil à ouvrir dans l'ordre ou dans le désordre, par le poème qui vous appelle. Cliquez ici pour écouter l'épisode spécial
La préface et dix poèmes, à lire en ligne
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"Sous ma plume prennent forme les noms invisibles"
— David · Voie Poétique
Ce recueil m’est arrivé par la poste. Les éditions Le Lys Bleu m’avaient écrit quelques semaines plus tôt pour me le proposer, et je l’ai trouvé un matin dans…
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Le livre est noir, d’un noir mat qui absorbe la lumière plutôt qu’il ne la renvoie et son titre s’y détache en lettres blanches avec cette sobriété des faire-part…
Été
Pinceau sur la toile Nuit étoilée, ciel d’été ~ Les fleurs éclosent
Été
Montagne derrière Forêt dense à l’horizon ~ Herbe sous les pieds
Printemps
Un moine assis là Trois bouddhas sur l’herbe verte ~ Une branche craque
Automne
Le château si haut Les arbres d’orange et rouge ~ L’oiseau observe
Printemps
Chat sur le muret Les fleurs lapent la rosée ~ Saut dans le vide
Hiver
Premières neiges ~ Le cygne glisse sans bruit Vers son horizon
Été
Voyageurs, quai 1 Regards sur les téléphones ~ Un rat sur les rails
Hiver
Couleur noir de jais L’oiseau virevoltant ~ Cri perçant l’hiver
Nature
Oiseau sautillant Sur la verrière, ver perdu ~ Un battement d’ailes
Automne
Cheveux entremêlés Dénudés, cent feuilles au pied Leurs branches figées
Automne
Le brouillard épais Purée de pois d’automne ~ Les feuilles au sol s’envolent
Hiver
Lumière pâle ~ Explosion intérieure, La neige revient
Automne
La brume sur le lac Les montagnes ont disparu ~ Silence des pierres
Automne
Merles sur les feuilles Regardent la lune au loin ~ Puis sautillent au vent
Automne
Un homme sans âge, Dos courbé sur le sentier ~ Horizon de feu
Printemps
Papillon s’abreuvant Une goutte d’eau au soleil ~ Instant arc-en-ciel
Nature
Bateau de papier Le vent souffle sur la rive ~ Son reflet, miroir
Automne
Fleur solitaire Au bois humide, sombre ~ Passe le grand cerf
Printemps
Fleurs vers le soleil ~ Le pêcheur avec sa canne Le poisson s’éloigne
Hiver
Le bois disparaît La pierre est sur la neige ~ Source sous la glace
Printemps
Fleur de cerisiers Tombée sur l’eau immobile L’onde qui s’étend
Hiver
Branches tombantes La neige s’est déposée ~ Le renard rôde
Nature
Fumée d’usine, Tous les oiseaux noirs du ciel ~ La nuit s’éternise
Hiver
Rayon d’or piégé Goutte d’hiver, gelée ~ Vent nouveau, caresse
Seuls sur les Seuils extrait
Préface I
La lumière entre dans la vie d'un homme sans jamais frapper deux fois de la même façon. Elle vient de face quand on est jeune, avec cette impudence qui ne connaît pas encore l'ombre. Puis, elle apprend l'oblique. Elle vous effleure par le côté, elle donne aux choses un relief qu'elles n'avaient pas, elle creuse ce qu'elle éclaire. C'est une lumière plus douce, plus riche et plus juste, celle d'un homme qui a fini par comprendre que voir demande du temps, que comprendre en demande davantage, et qu'aimer profondément occupe peut-être une existence entière.
La bougie est maintenant consumée à mi-hauteur…
Je l'écris sans mélancolie, avec la précision de celui qui observe un phénomène naturel, comme on dirait « il fait nuit » ou « la marée monte ». La cire a coulé, elle a formé ses rigoles, elle a durci au pied du chandelier. Elle garde la mémoire de chaque flamme passée et de chaque heure brûlée. La mèche demeure incandescente, plus vive peut-être qu'aux premiers jours, quand tout le combustible s'offrait à elle sans qu'elle en eût conscience ni, faute de recul, la moindre idée de l'usage.
Les anciens philosophes et poètes connaissaient ce mystère. Le brasier n'opère que si la chaleur est juste. Trop faible, rien ne se transforme. Trop vive, l'essence précieuse s'en va en fumée. C'est entre les deux que la substance lâche enfin ses impuretés et laisse voir l'or qu'elle contenait depuis toujours.
Le milieu d'une vie ressemble à cela. Il est la température juste.
Mes vingt premières années ont extrait. J'ai cherché beaucoup, tâtonné énormément, accumulé des matières brutes sans savoir ce que j'en ferais. Les trente suivantes ont défait. Elles ont dissous ce que je croyais savoir, brisé les formes trop rigides, laissé la vie m'enseigner là où je pensais déjà comprendre. Ce qui vient maintenant rassemble.
Ces cent huit graines que vous tenez sont ce rassemblement.
Elles ne sont pas nées d'un seul instant de grâce. Elles sont le résidu précieux de nombreuses années qui distille sagement dans mon cœur. Chaque graine porte une saison. Une nuit d'insomnie, une conversation trop brève, un silence trop long. Un matin où la lumière ressemblait à une révélation. Un automne vécu dans cette plénitude mélancolique de ceux qui acceptent le déclin comme une forme de beauté. Certaines furent écrites dans la fièvre, d'autres dans le sicolère, ou d'un amour si grand qu'il ne tenait plus dans la vie ordinaire et devait déborder dans le langage. Il y a là des prières, il y a des cris, il y a des murmures que je n'ai adressés à personne en particulier ou peut-être à tout le monde, ce qui me semble revenir au même.
Elles ont toutes été écrites depuis l'intérieur d'une vie qui n'a jamais cessé de chercher, qui cherche encore et qui cherchera toujours. Et je ne parle pas de la recherche anxieuse de celui qui croit avoir perdu quelque chose, mais bel et bien la recherche joyeuse de celui qui sait que le sens se donne par couches, comme les strates d'une roche que l'on découvre en creusant.
Il m'aura fallu tout ce temps pour savoir avec certitude que l'écriture ne se fait pas malgré la vie. Elle se fait depuis la vie. La plus dense, la plus présente, la plus intense qui soit. Et la seconde moitié d'une existence, pour qui a la chance de la vivre, est justement le territoire dans lequel cette densité devient possible, parce qu'on a enfin assez vécu pour écrire sans avoir peur du fond.
Préface II
Un soir, il y a maintenant des années, j'ai allumé cette lumière ailleurs.
Elle n'avait aucune intention d'être spectaculaire. C'était une petite lampe, posée avec soin sur un rebord de fenêtre, visible depuis la rue pour qui souhaite encore lever les yeux. Je lui ai donné une adresse dans l'immensité du réseau et un nom qui disait ce qu'elle faisait : contempler. Comme on nomme un cabinet de travail ou l'atelier d'un artisan.
Je n'avais aucune certitude quant à ce que cela deviendrait. La vérité est que je n'y pensais pas en termes de devenir. J'y pensais en termes d'être. Il me fallait un lieu où déposer mes mots, loin du bruit et du mouvement perpétuel de cette époque pressée.
Un sanctuaire, rare et précieux, où la profondeur demeure possible. Où l'on arrive lentement et d'où l'on repart un peu changé.
Cette voie s'est construite comme se construit tout ce qui dure, par couches successives, sans plan d'ensemble, en suivant l'intuition plutôt que la stratégie. Les poèmes furent la porte. J'en écrivais depuis longtemps et ils trouvaient enfin où se poser. Puis vinrent les réflexions, les pensées en marge, les notes de contemplation. L'enfant curieux qui avait un jour entendu parler de ces sagesses savait qu'il venait de là, et que l'heure était venue d'en chercher l'essence, celle qui traverse les siècles sans perdre sa vitalité.
Puis vint la voix…
Ce alors fut une révélation , de celle qui se dévoile. Écrire et parler sont deux actes de langage en apparence voisins, et profondément différents. L'écriture est une solitude habitée, on est seul face à la page et la page devient une compagne fidèle. La parole est une présence offerte. On s'adresse à quelqu'un, même absent, même inconnu, et cette adresse transforme ce que l'on dit. Poser ma voix sur des textes fut un acte de confiance considérable. Confiance dans les mots, dans leur pouvoir de traverser les distances et les silences, de créer du lien là où rien ne semblait l'appeler.
Il y en a maintenant plus d'une centaine d’épisodes. Certains vont vers les grandes voix que j'aime et que je voudrais faire aimer. D'autres sont des fragments, la forme la plus intime que j'aie trouvée pour parler de mon expérience. province et notait en trois lignes le plongeon d'une grenouille, l'odeur d'un prunier en fleur. Il s’appelait Basho. Il m'a enseigné qu'un instant regardé avec assez de dépouillement peut contenir le monde entier. J'ai appris de la même source cette économie qui consiste à laisser les choses se montrer avant de vouloir les expliquer, et à consentir qu'un poème se suffise d'un battement d'aile ou d'une lueur sur l'eau. La philosophie m'avait donné des clés et des correspondances. Il me manquait le silence qui permet de les entendre.
Justesse. Voilà peut-être le mot le plus important de ces pages. La justesse au sens musical, la note qui sonne vraie parce qu'elle est à la bonne fréquence et qu'elle entre en résonance avec quelque chose qui existe. Tout ce que j'ai bâti l'a été dans cet esprit. Non pas un lieu de diffusion, mais un atelier ouvert, un espace où la langue se travaille, se plie, se cherche, trouve parfois et se perd souvent, puis recommence.
C'est l'art d'habiter le langage. Habiter, et non pas utiliser.
La langue est notre demeure.
Préface III
Ces cent huit poèmes ne forment pas un recueil au sens ordinaire. Je ne les ai pas réunis parce qu'ils traitent du même sujet, ni parce qu'ils partagent une forme. Je les ai réunis parce qu'ils viennent de la même source.
Cette source, je l'appelle le Seuil. Le lieu entre deux espaces, entre deux états, entre ce qu'on était et ce qu'on devient. La poésie s'y tient toujours. Elle ne s'installe pas dans le confort du dedans, elle n'erre pas non plus dans le dehors. Elle vit sur le pas de la porte, à la fois familière et étrangère au monde qu'elle regarde.
Voilà pourquoi ces pages s'appellent Seuls sur les Seuils. Il arrive un moment où il n'y a plus personne et où le monde disparait. Ne reste qu'un grand I majuscule, comme axe des deux mots, bien droit, debout tout seul sur son seuil, et qui vibre de vous faire savoir qu'ici vous n'êtes absolument pas seul.
Chaque poème est donc un seuil. Une expérience d'entre-deux. Des réalités qui d'ordinaire s'excluent, la lumière et l'ombre, l'amour et la solitude, la foi et le doute, la vie et la mort. Seuls au pluriel, car seul nous le sommes tous, et sur cette voie nous le sommes ensemble.
Il n'y a pas de contradiction au cœur de ces textes. Il y a la coïncidence des contraires, celle que les anciens philosophes figuraient par un corps unique portant les deux visages, l'homme et la femme, le ciel et la terre, et qui révèle l'unité cachée sous la multiplicité des formes.
J'ai disposé ces cent huit seuils en sept ensembles.
Le premier ouvre par le feu, l'éther, l'éternel silencieux, et par ce néant qui est la condition de toute plénitude.
Le deuxième interroge l'acte même d'écrire sur ce que devient un poète dans un monde qui a perdu l'usage du silence.
Le troisième nomme l'amour tel que je l’ai vécu, complexe, traversé d'ombres, rempli de la plus grande joie et de la plus grande douleur, parfois séparément, parfois dans le même instant.
Le quatrième est écrit pour ceux qui m'ont précédé et pour ceux qui m'accompagnent. Ce sont les plus intimes. Le sixième habite la nature et le cosmos, depuis les paysages très précis de mon existence jusqu'aux espaces sans mesure du dedans.
Le septième referme l'Œuvre avec les textes les plus engagés, ceux qui regardent nos sociétés en face et osent nommer ce qui mérite de l'être. Avoir la Foi est une belle chose. Elle demeure indissociable de l'Œuvre. Sans Œuvre, point de salut.
Vous constaterez que mes poèmes sont doubles. Il y a la lecture entière, et il y a le sens caché, plus brut, gravé dans le cœur de la pierre… vous le découvrirez sans peine et vous en extrairez l'essence.
Préface IV
Je ne suis plus l’homme que j'étais à trente ans.
N'y voyez nulle plainte, mais une observation, et même une forme de gratitude.
À trente ans, j'écrivais dans l'urgence, et cette urgence venait de l'excès. Trop de sensations à la fois, trop de désirs contradictoires, trop d'ambitions confuses pour trouver leur forme juste. J'étais submergé. Les poèmes de ce temps-là gardaient quelque chose de fiévreux, d'inachevé. Je cherchais un centre de gravité que je n'avais pas encore.
J'écris aujourd'hui depuis un autre lieu. Stable sans être figé, profond sans être obscur, concentré sans être étroit. Le feu a fait son travail qui consiste à retirer. Tout ce qui était superflu dans la langue, toutes ces images qui masquaient la pauvreté de mon regard, tout cela s’est décanté. Ce qui reste est plus pur.
Les derniers poèmes venus compléter ce recueil en témoignent. Ce sont des textes denses, qui ne s'expliquent pas et n'ont pas à le faire. Ils existent comme des objets autonomes, des pierres polies par le temps dont on sent la densité avant même de les saisir. Ils ne réclament aucune adhésion. Ils proposent une expérience et vous font entièrement confiance pour en être touché, si vous vous sentez prêt à l'être.
Voilà peut-être la marque la plus claire de ce que le temps apporte à l'écriture. À trente ans, j’ai écrit avec un œil sur le texte et l'autre sur la réaction attendue. Plus tard, j’ai appris à lâcher prise. J’ai posé le poème sur la page comme j’aurais posé un objet précieux sur un rebord de fenêtre. Je l’ai l’ai laissé exister dans son espace, rayonner dans son cercle. Ce que vous en ferez ne m'appartient plus. Cela appartient à notre rencontre.
Préface V
Les poèmes de ce recueil sont entourés de blanc, et ce blanc n'est ni un oubli ni un manque, mais une invitation. Asseyez-vous à côté de mes mots. Posez votre propre voix dans les marges, par le dessin, par l'écriture, par quelques mots jetés vite, ou simplement par le silence attentif.
Je n'ai jamais abordé un livre comme un monument fermé sur lui-même. Je lui parle. Je lui réponds. Je mets mes pensées en marge des siennes, mes questions en regard de ses affirmations, mon émerveillement à côté du sien. Le livre devient alors un compagnon de route plutôt qu'une autorité.
C'est ce que je souhaiterais ici.
Lisez dans l'ordre ou dans le désordre, selon la logique qui vous guide. Entrez par le poème qui vous appelle plutôt que par celui que la table a placé en premier. Revenez à ceux qui vous ont touché. Ils ne vous diront pas deux fois la même chose, parce que vous ne serez pas deux fois le même lecteur. Je les ai éprouvés des dizaines de fois avant de vous tenir ces propos.
Laissez les blancs exister. Ne les remplissez que si l'envie est sincère. Le silence qui suit un poème est parfois déjà la réponse, et il vaut mieux ne pas la couvrir trop vite.
Cent huit portes, aucune n'est obligatoire. Chacune ouvre sur quelque chose. Vous choisirez celles qui vous ressemblent, et peut-être qu'en les franchissant vous trouverez, comme d'autres cherchaient leur pierre, non pas quelque chose d'extérieur à vous, mais quelque chose de plus précis et de plus pleinement vous.
Bonne route.
David
I · Seuils p. 1
La colonne vertébrale
L’aube, nimbant les plaines
Effleura les ombres
Et prit son jour
Devenant symbole
Hors du temps et de l’espace
En cercle de lumière
L’instant se brisa
Éclats des révélations
Les plaines frémirent
Le silence alors éclata
La conscience naquit
Fut l’éveil du monde
En chaque seconde
Se respire son parfum
Parfum du jour Un
I · Seuils p. 6
Évidence volontaire
Art subtil de n’être que souffle
Élan d’une vie de mouvement
Le vide d’une plénitude parfaite
Ne connaissant ni excès ni manque
Il ne dissimule ni ne cache rien
Rien d’autre que ce fruit porté à mes lèvres
Son goût neutre est toute l’expérience
J’en dévore les rires et les larmes
Assis au cœur d’un univers façonné du rien
II · Le Verbe p. 23
L’enchanteur
Compagnon des étoiles
Funambule marchant sur le fil de la vie
Être poète
C’est accepter d’être rapporteur de l’existence
De la nature et de ce qui la dépasse
C’est rendre la vue à celui qui ne voit pas
Et d’un cœur sincère
Vivre la sensibilité d’un être, très humain
II · Le Verbe p. 30–31
Je suis toujours cet enfant
Assis là, les pieds dans la poussière du chemin
Fixant l’horizon, une plume innocente à la main
Là, où d’autres ne se fixent qu’au lendemain
Percevant des mondes invisibles
Des rêves suspendus entre ciel éther
Des histoires qui naissent dans mes silences
Écrivant quelques lignes
Les mots deviennent mes étoiles filantes
Frappant l’âme de la douceur d’un murmure
Les phrases soulèvent les cœurs
De ceux qui les lisent en des contrées lointaines
Où le temps s’étire pour que l’instant advienne
Je suis toujours cet enfant
Assis là, face à l’infini
Sculpteur de mots, architecte des songes
Chaque lettre est un pont, chaque phrase une passerelle
Reliant l’inconnu à l’intime
Offrant aux âmes un voyage, au-delà de l’ordinaire
Les regards se tournent vers le Moi
Pour sentir la caresse des mondes que je crée
Dans mes lignes se cache la promesse d’une échappée belle
Une fuite vers cet ailleurs
Là où les cœurs pourront enfin respirer
Je suis toujours cet enfant
À la lisière des rêves et de la réalité
Écrivant quelques lignes
Faisant voyager l’autre vers l’infini
III · Les Flammes p. 46
Sans plume
Ni stylo
Elle a chanté à mon cœur
Dans une forêt d’automne
M’a révélé, d’un battement
La terre riche, nourrie de ses histoires
Perçant le vent pour rattraper le temps
Elle a fini par plonger, avec grâce et légèreté
En mon âme, que trop trouvaient complexe pour s’y attarder
Je me délecte de chaque instant passé à ses côtés
Ne pensant à elle qu’avec tendresse
Quand elle n’est pas là, j’attends toujours ce moment
Celui où nos yeux se retrouveront
Où nos cœurs s’élèveront
Sur l’arche du ciel des jours heureux
IV · Les Racines p. 59
Les mots d’un ami
J’ai distillé les peines et tes larmes
Transmuté l’éclat des rires et de nos joies
Nous avons goûté l’absinthe à la coupe de la sagesse
Enivrant nos esprits des mystères de nos jours
Et de nos nuits
L’amitié véritable, ne serait-ce pas cela ?
V · L’Intérieur p. 85
Je contemple ceux comblés
Aimable félicité que de n’avoir rien cherché
Eux, ne craignant pas de chuter dans sa vorace tristesse
Leur cœur est un jardin aux saveurs de printemps
Où chaque pétale devient un sourire volé
Chaque souffle, un éclat de rire échappé
Je les ai tant enviés
Que je me suis perdu
Cueillant sur mes écueils de tout petits bonheurs
De tout et de rien
VI · La Terre et le Ciel p. 98
Nous ne connaîtrons plus aucun hiver
Nos esprits ont tant habité le désert
Que le soleil nous a exaucés
De sa chaleur ont chanté
Pour l’éternité
Les oiseaux amoureux
VI · La Terre et le Ciel p. 114
Ce monde n’a pas été conçu pour nous
Nous, amants des vers
Chantres d’idéaux trop doux
L’invisible beauté
Nous la louons en silence
Marions les symboles en une secrète danse
Respirons, courons
Aimons en vrais mortels
Dans un rêve unique et éternel
Nous inhalons l’éther
Non pour survivre
Mais pour trouver la force d’affronter les vents
Notre amour est intense
Jusqu'au dernier souffle
À jamais fidèle, même quand la vie étouffe
Les passions nous sont étrangères
Feux des cœurs éphémères
À jamais, nous demeurerons au-delà des contraires
VII · L’Insoumis p. 126
J'aime les insurgés
Ceux pour qui l'ascenseur s'est arrêté
Et montent à pied, la main sur la rampe froide
habitent le toit
et crient de là ce que les étages n'écoutent pas
Ceux qui lisent debout dans un wagon
un livre corné sans valeur
parce qu'un homme qui sait ne se vend pas au même prix
Ceux qui restent assis quand la salle se lève
Qui disent le mot juste au mauvais moment
le paient et recommencent
Ceux qui reviennent le lendemain
avec la même pancarte, un peu plus mal écrite
sous la même pluie battante
Ces poètes sans quatrain ni acrostiche
qui ont pris la langue par le col
et lui ont demandé d’enfin servir
Ceux que la norme ennuie
et chez qui l'ennui est devenu une question morale
Aventuriers, prenez la route
Elle lave, rend les âmes lisibles
J'aime tous ceux-là
Et toi dans le lot, qui ne possède pas de pancarte, sans étage
Mais qui montes, quand même
Ici s’arrête l’extrait. Le recueil en compte cent huit, et le reste du chemin se fait sur le papier.
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