Dans les années 1850, Henry David Thoreau parcourt chaque jour les prés autour de Concord avec une loupe et un carnet, reprenons en partie là où nous nous étions arrêté dans l’épisode sur Henry David Thoreau… Il note la date où s’ouvrent les premières fleurs de plus de trois cents espèces, par simple amour de voir. Un siècle et demi plus tard, des biologistes reprennent ses carnets et découvrent que le printemps a avancé d’une semaine. Le regard d’un poète est devenu le témoin du dérèglement de notre monde.
Cet épisode suit ce lien ancien et fragile entre la poésie et la terre. Il commence en Chine, où Wang Wei décrit la lumière du soir revenant sur la mousse d’une montagne vide, à une époque où l’homme se savait de passage. En Angleterre, John Clare voit disparaître les terres communes de son village sous les clôtures, première blessure de la logique marchande.
Les transcendantalistes américains partent ensuite à la rencontre de la nature comme d’un continent intérieur. Emerson se fait transparent pour laisser l’invisible circuler en lui. Thoreau propose de compter le coût des choses en temps de vie et voit dans le sauvage la préservation du monde. John Muir découvre que chaque chose est attachée à tout le reste de l’univers.
Puis viennent ceux qui ont vu la blessure avant les autres. Ruskin décrit un ciel nouveau, sali par les cheminées. Hopkins pleure ses peupliers abattus et écrit que ceux qui viendront après ne pourront deviner la beauté qui fut. Aldo Leopold voit s’éteindre le feu vert dans l’œil d’une louve et apprend à penser comme une montagne. Rachel Carson fait entendre le silence d’un printemps sans oiseaux.
L’épisode nomme alors le désastre invisible de notre temps, celui qui se produit ailleurs, plus tard, à une échelle qui échappe à nos sens, et que la logique de la consommation a besoin de cacher. Il oppose à ce voile le regard des poètes. Avec Francis Ponge, il prend le parti des choses. Avec Giono, il rappelle qu’un berger imaginaire a fait pousser des forêts bien réelles.
En conclusion, une invitation simple à tenir son propre carnet des premières fois, pour redevenir, chacun à sa mesure, un gardien du regard.
L’épisode est a écouter ici et sur toutes vos plateformes habituelles.
