Fragments contemplatifs — La marée basse

La mer s’est retirée. Il reste des kilomètres de sable nu, des rochers devenus collines, un pays provisoire qui n’existe que quelques heures par jour.

Et partout, dans le sol, des milliers de petites vagues immobiles. Le sable a gardé la forme de l’eau qui n’est plus là.

Ce fragment part de cette observation minuscule pour descendre très loin. Vers la lune, qui soulève les océans sans les avoir jamais touchés. Vers les premières créatures du rivage, qui ont dû apprendre à supporter l’absence de ce dont elles avaient besoin, et dont nous descendons. Vers ce ralentissement immense qui écarte la lune de nous de quelques centimètres par an et qui, dans un temps inconcevable, fera cesser les marées.

Puis il remonte. Vers ce que le retrait découvre et que la marée haute cachait. Vers ceux qui vivent au rythme de l’eau et ne se plaignent jamais d’elle. Vers le sel qui reste sur la peau longtemps après que la mer est partie.

Un épisode sur ce qui se retire et sur ce qu’il laisse. Sur cette chose peut-être indestructible, le fait qu’un événement ayant eu lieu ne peut plus ne pas avoir eu lieu.

À écouter au calme, les yeux fermés.

La lettre numérique