80. A la fleur de vent

Terre ?
De quelle terre pourrais-je te parler ?
Pas de celle que je connais,
pas de celle que j’ai foulée,
non… pas celle-là.

Terre ?
Peut-être celle, inconnue à ton cœur,
qui t’a vu naître,
qui a fermé tes yeux aux larmes,
et ton cœur aux lames
du désespoir et des pleurs.

Terre ?
Une terre pastel
qui t’a chanté la couleur de ses fleurs,
celles qui peuplent chaque parcelle de ton cœur,
si innombrables
que De Jussieu y perdit la vue… et la vie.

Contempler tant de beauté
c’est s’élever jusqu’à l’extase inhumaine,
c’est rendre au botaniste
l’âme des Dieux,
lui qui ne vit plus désormais
que pour écrire
des odes lumineuses.

Là-bas, la gloire des poètes est célébrée,
ceux qui ont écrit ton nom
comme on inscrit un serment dans la pierre.
Moi, je suis là,
te parlant des heures et du temps,
et, ton égal,
je ne souhaite
que respirer ton attention.

Serais-je l’immatériel,
le plus important ?
Celui que tu n’accueilleras plus comme un autre
mais comme toi-même,
comme ta part aimante et mystérieuse.

Celle que tu chéris dans tes songes,
celle qui te rassure,
celle dont tu voudrais
qu’elle ne quitte jamais
l’espace infini
de tes bras.