108 portes entrouvertes sur la Voie Poétique…
Il y a quelque chose de plutôt inconfortable à parler d’un livre que l’on a écrit soi-même. J’ai passé ma vie à tendre la main vers les œuvres des autres, à les commenter, à tenter de leur rendre ce qu’elles m’ont donné, et voilà qu’un matin l’objet posé sur la table porte mon nom. J’ai hésité un peu avant de vous poser ces mots. Puis j’ai compris que le silence aurait été finalement une forme de coquetterie, et que la coquetterie ne vaut absolument rien sur la voie que nous avons emprunté ensemble, depuis si longtemps. Alors je vais vous parler de ce livre comme je vous parlerais de celui d’un autre, avec surtout la même franchise, en acceptant simplement que l’autre, cette fois, soit moi.
Et tout à été choisi et m’a même pris de nombreux moi(s).
Sa couverture est donc bleu nuit. D’un bleu profond, presque noir, que traverse un mince filet d’ambre courant le long des bords comme une lumière retenue. Le titre se tient au centre, en capitale largement respirantes, et entre les deux mots, seul en italique et minuscule, il y a ce sur les qui fait basculer tout le sens. Seuls sur les Seuils. Je voulais que l’objet ressemble à ce qu’il contient, soit une chose sobre, sans effet, qui ne cherche pas à vous séduire dans les rayons et qui attend patiemment que vous leviez les yeux vers elle. J’ai donc fait le choix d’en établir les proportions d’un livre que l’on glisse dans une poche de veste, ou comme moi dans une poche arrière de pantalon, et que l’on sort dans un train, dans une salle d’attente, sur un banc face à un lac ou une montagne, la mer peut-être.
Le titre m’est venu d’un seul coup, je l’avoue, et j’ai mis des mois à comprendre pourquoi il me tenait autant à cœur.
Regardez les deux mots. Seuls. Seuils. Les mêmes lettres, dans le même ordre, à ceci près qu’une lettre s’est glissée dans le second, un I majuscule, bien droit, planté au milieu un peu comme une colonne. Ce I est justement la clef de l’ensemble de ce recueil. Il arrive un moment, parfois, dans une vie où il n’y a plus personne autour de vous, où le monde s’efface, où les rôles tombent, et où il ne reste que cette verticale qui tient debout toute seule. On pourrait même se demander d’ailleurs comment et ce moment fait peur. Il est aussi le seul endroit où quelque chose de vrai peut commencer. Et le paradoxe que porte le titre, c’est que ce I dressé dans la solitude absolue vibre précisément pour vous dire qu’ici, sur ce seuil, vous n’êtes absolument pas seul parce que nous y sommes tous, chacun devant sa porte, et cette solitude partagée forme le lien le plus solide que je connaisse à ce jour.
Ils sont cent huit. Et le nombre n’a rien d’arbitraire. C’est celui des grains du mala indien, celui des perles que l’on fait glisser entre les doigts en récitant, celui qu’on retrouve d’une tradition à l’autre avec une insistance qui devrait nous intriguer davantage. C’est ce 9 juste après l’infini, positionné devant le 1 du 10… Et je les appelle des graines plutôt que des poèmes parce qu’elles ne sont pas apparues d’un seul moment de grâce, mais sont le résidu de bien des années qui ont distillé lentement, et chacune porte sa saison. Au travers d’une nuit d’insomnie. D’une conversation trop brève. D’un silence trop long. D’un matin où la lumière ressemblait à une forme de révélation. Certaines ont été écrites dans la fièvre, d’autres dans le silence absolu de celui qui attend que les mots trouvent leur chemin. Il y a là des prières, il y a aussi des cris, il y a des murmures que je n’ai adressés à personne en particulier, ou peut-être à tout le monde au fond, ce qui me semble revenir à peu prêt au même.
Dans les pages d’ouverture, j’ai écrit une phrase que l’on m’a beaucoup citée depuis et qui contient, je crois, l’ensemble de ce livre.
La bougie est maintenant consumée à mi-hauteur. Je l’écris sans mélancolie, avec la précision de celui qui observe un phénomène naturel, comme on dirait qu’il fait nuit ou que la marée monte. La cire a coulé, elle a formé ses rigoles, elle a durci au pied du chandelier. La mèche demeure incandescente, plus vive peut-être qu’aux premiers jours, quand tout le combustible s’offrait à elle sans qu’elle en eût la moindre conscience. Les anciens savaient que le brasier n’opère que si la chaleur est juste. Trop faible, rien ne se transforme. Trop vive, l’essence précieuse s’en va en fumée. Le milieu d’une vie ressemble à cela. Il est la température juste. Mes vingt premières années ont extrait. Les trente suivantes ont défait. Ce qui vient maintenant rassemble, et ce livre est ce rassemblement.
J’ai disposé ces cent huit seuils en sept ensembles, et cette architecture demande que je vous l’explique en quelques mots.
Le premier ouvre par le feu, par l’éther, par l’éternel silencieux et par ce néant qui conditionne toute plénitude. Le deuxième interroge l’acte même d’écrire et ce que devient un poète dans un monde ayant perdu l’usage du silence. Le troisième nomme l’amour tel que je l’ai vécu, complexe, traversé d’ombres, rempli de la plus grande joie et de la plus grande douleur, parfois séparément et parfois dans le même instant. Le quatrième est écrit pour ceux qui m’ont précédé et pour ceux qui m’accompagnent aujourd’hui, et ce sont certainement les plus intimes. Le cinquième descend dans les états de l’âme sans en simplifier aucun. Le sixième habite la nature et le cosmos, depuis les paysages très précis de mon existence, avec ce lac d’Annecy qui chaque jour m’inspire et m’émerveille, ces montagnes qui me font me sentir si petit, cet automne que j’aime tant et qui revient chaque année comme mon ami fidèle, jusqu’aux espaces sans mesure du dedans. Le septième referme l’Œuvre avec les textes les plus engagés, ceux qui regardent nos sociétés en face et osent nommer ce qui mérite de l’être. Avoir la foi, c’est une belle chose, mais elle demeurera pour toujours indissociable de l’Œuvre. Sans Œuvre il ne n’y aura point de salut.
Je dois vous prévenir d’une chose, et c’est peut-être la plus importante de toutes.
Mes poèmes sont doubles. Il y a la lecture entière, celle qui se donne à la première rencontre, et il y a le sens caché, qui est plus brut et gravé dans le cœur de la pierre. Vous le découvrirez sans peine si vous prenez le temps, et vous en extrairez l’essence. Certains mots y sont coupés, retournés, ré-assemblés. Certaines majuscules ne sont pas là par hasard. Certains titres disent une chose et le texte en dit une autre. Je n’ai rien dissimulé par jeu. J’ai seulement constaté qu’une vérité déposée trop directement glisse sur les êtres, tandis qu’une vérité qu’il faut aller chercher, un peu, se loge pour de bon.
Il y a des pages, dans ce recueil, qui m’ont coûté. Celle écrite pour ma mère, celle écrite pour ma sœur, celle écrite pour mes trois filles et celle de mes amours partagés. J’ai longtemps hésité à publier ces textes-là car ils me sont très personnels, comme vous vous en doutez. On me dira que la pudeur aurait été élégante. Je crois pour ma part que la pudeur, en poésie, est souvent le nom que prend la peur. Un poème qui protège son auteur ne protège rien du tout, il se contente de ne rien donner. Et vous vous en apercevrez par vous même, mon expérience peut très certainement trouver un écho dans la votre…
Partagez avec moi.
Vous verrez aussi que les poèmes sont entourés de blanc. Ce blanc n’est ni un oubli ni un manque, mais bel et bien une invitation. Asseyez-vous à côté de mes mots. Posez votre propre voix dans les marges, par le dessin, par l’écriture, par quelques mots que vous jetterez vite, ou simplement par votre silence attentif. Je n’ai jamais abordé un livre comme un monument fermé sur lui-même. Je lui parle souvent, je lui réponds, je mets mes questions en regard de ses affirmations, je dessine dans ses pages parfois. Le livre devient alors un compagnon de route plutôt qu’une autorité. C’est ce que je souhaite pour celui-ci. Lisez-le dans l’ordre ou dans le désordre. Entrez par le poème qui vous appelle plutôt que par celui que le sommaire a placé en premier. Revenez à ceux qui vous ont touché. Ils ne vous diront pas deux fois la même chose, parce que vous ne serez pas deux fois le même lecteur.
Et maintenant, la nouvelle que j’attendais de vous donner.
À compter du 30 septembre, Seuls sur les Seuils sera commandable dans toutes les librairies de France et de l’étranger, ainsi que sur l’ensemble des sites de vente de livres sur internet. Il vous suffira d’en donner le titre et mon nom à votre libraire, et il vous l’obtiendra. Je tiens beaucoup à cette phrase, parce qu’elle signifie qu’un texte né dans le silence d’un appartement, et parfois de la nature, de Haute-Savoie pourra désormais se trouver sur n’importe quelle table de n’importe quelle ville et il y a ici une idée qui me remue plus que je ne saurais le dire au fond.
Pour suivre la vie de ce livre, les rencontres, les lectures, les éditions à venir et tout ce qui viendra s’y greffer, je vous invite à vous abonner à la lettre numérique qui est disponible sur le site. L’inscription se fait en quelques secondes sur voiepoetique.com et est parfaitement gratuite depuis maintenant une dizaine d’années d’ailleurs. Vous y trouverez aussi, à la dernière page du recueil, un code que j’ai laissé juste pour vous, lecteurs de l’ouvrage, et qui s’utilise sur le site. Il vous ouvrira la porte sur tous les poèmes en version numérique et pour certains viendront se glisser quelques épisodes audio privés, juste pour vous, je ne vous en dit pas plus pour le moment.
Une dernière chose.
Ce recueil n’est que le premier niveau d’une montagne dont on ne voit pas encore le sommet. Au premier trimestre de l’année 2027 paraîtra Le Manifeste humaniste de la Voie Poétique, un ouvrage de philosophie long de plus de 300 pages et que j’écris depuis maintenant 3/4 ans, et qui prolongera directement ces cent huit seuils que vous franchirez. Là où la poésie ouvre les portes sans rien démontrer, la philosophie viendra formuler, articuler, tenir ensemble ce que les poèmes n’ont fait qu’entrouvrir. Les deux livres forment donc une seule pensée en deux langues de l’esprit. Celui que vous tiendrez bientôt entre les mains vous fera entrer par le cœur. Celui de l’an prochain vous proposera d’y rester par l’esprit.
Cent huit portes. Aucune n’est obligatoire. Chacune ouvre sur quelque chose. Vous choisirez celles qui vous ressemblent, et peut-être qu’en les franchissant vous trouverez, comme d’autres cherchaient leur pierre, quelque chose de plus précis et de plus pleinement vous.
Bonne route.
David
Editeur : BoD
Impression : Libri Plureos
ISBN : 978-2-3228-5793-7
Année de parution : Septembre 2026
Auteur : David HUBERT
Les liens pour commander l’ouvrages en ligne viendront dès qu’il sera publié, soit entre le 25 et le 30 septembre 2026. Revenez sur cette page.
Le premier épisode de podcast du 15 septembre 2026