Je ne suis plus que ce jour, où
Nous ne serions plus asservis par le son du fouet, écho de la sueur et du sang
Où nos rêves ne seraient plus stoppés sur la muraille de nos consommations, éternellement inassouvies
Où nos mains ne seraient plus chargées que des stylos tirant des encres, de rouge et de noir
Pour toucher au cœur de l’humanité des pauvres âmes jeunes, affaiblie par leur soif de savoir
Nos ultimes rêves s’envoleront, alors
Comme des feuilles d’automne, dans ce vent d’hiver
Bercées et frappées par les gouttes d’une pluie glaçante, de nos mots transformés
En cristaux légers fondant, sous un prochain ciel d’été
Imagine cette rêv-olution, où
Nous ne suivrions plus jamais la voie des ports, célestes et abjects
Dockers chargeant des navires de larmes, salées et exquises
Au goût d’un soleil noir enfin loin sur l’horizon de nos cœurs, disparu
De nos corps et de nos amours, communier
Encore cette fois, à perpétuité
Et cracher nos désirs, viles et putrides
À l’esprit de ce monde qu’ils ont, construit de leurs mains
Rempli des tristes remords que nos sacrifices ne rachèteront, jamais
Nous serions enfin libres de faire grandir nos âmes, peuple du monde
De leur nécessaire humanité qui, depuis leur apparition
Ne sont qu’asservies et déshumanisées, habillées de noir
Assistants à leur propre descente dans les entrailles de la terre, aveugles
Où les vers et tous les organismes des bas fonds rongent, éternellement
Jusqu’à l’épuisement des mots des poètes tentant, dans un assaut ultime
De colorer un monde qui ne dégoulinera que du désespoir, lumière du monde
Ébloui par la funeste bouillie, mélodie de sa morne faim
Alors ce triste monde, poussière au vent
Retrouvera enfin toute sa beauté originelle, ultime mystère
Tournant à grande vitesse dans son univers organisé, nécessairement
Sans le sens stupide de cette génération, philosophes
Ayant trop peur de leurs propres finitudes, faiblesse crasse
Les marquant au fer rouge des lois d’un monde qui les déteste, rejetés
Rêvant et croyant à leur chance d’intégrer, purifiés
Une nature qui ne cherche qu’à les rejeter, dégénérés
Comme un cancer se répandant sur la toile, numérisés
D’un corps affaibli par les affres des désirs et du temps, leur Dieu




