Amour, Poésies

105. Élégie de l’incomplet

·David

Je n’aurai pas eu grand-chose en ce monde
quelques pierres dans les poches,
un peu d’eau dans les mains,
et ce doux nectar au cœur,
nourri des saveurs des meilleures travailleuses.

Depuis mon corps de lumière,
animus, anima,
mon corps me semblait un sol de printemps
aux couleurs d’un hiver sans neige
gris et brun, rugueux
comme pour saisir les vents
de la nuit profonde.

Quelques gouttes d’eau grondent
sur mon visage endormi,
me sommant de m’élever
hors de l’argile et de la glaise,
hors des entrailles du monde.

Le baptême ici n’est pas celui du pour ou du contre.
C’est celui d’une passion qui appelle
et que je reçois à gorge déployée,
hurlant vers les hommes,
les dieux
et les nymphes.

Ma tradition élégiaque
aura été une voix assez solide
pour regarder dans le vert des yeux de mon père,
jusqu’à me noyer
dans les méandres d’une forêt d’épicéas
où s’enveloppe l’âme des romantiques.

Mais les amoureux, sur ce chemin,
ne se sont jamais retrouvés.

Et sont restés donc, tous deux,
incomplets
comme deux rives d’un même fleuve
qui se devinent entre les brumes sans ne jamais se toucher,
portant chacune le reflet de l’autre
dans le courant vivant qui les sépare.

Je n’aurai pas eu grand-chose en ce monde, oui,
Mais ce peu fut immense
la pierre savait le poids de la terre,
l’eau connaissait la soif du ciel,
et le nectar, le nectar, lui,
se souvenait de chaque fleur.

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