Nature Humaine, Podcast

La fidélité dans l’écriture poétique

·David

Aujourd’hui, nous abordons un sujet qui touche au secret même de l’acte poétique, la fidélité dans l’écrit poétique.

Qu’est-ce que rester fidèle quand on écrit ? Fidèle à qui, à quoi ? Au mot, à la langue, au réel, à soi-même, à l’invisible ? Cette question discrète est pourtant la veine maîtresse de toute vocation poétique digne de ce nom. Elle traverse les siècles, les langues et les solitudes, comme un fil d’or à peine visible dans la trame du temps. Pour ouvrir ce chemin, j’ai choisi la voix incandescente de Marina Tsvetaeva, et plus précisément un fragment de son cycle La Table, écrit en 1933 alors qu’elle vivait l’exil parisien. Dans ces poèmes, la poétesse russe s’adresse à son écritoire comme à un compagnon, un témoin, un complice silencieux de toute une vie d’écriture. Voici, dans ma traduction libre depuis le russe, quelques lignes qui ouvriront notre méditation.

Ô mon fidèle écritoire !
Merci d’avoir marché
Avec moi sur tous les chemins.
Tu m’as gardée — comme une cicatrice.

Ô ma mule de somme, mon écritoire !
Merci de n’avoir ployé les jambes
Sous le fardeau — ce bagage de songes —
Merci d’avoir porté, porté encore.

Pour m’avoir — chevaleresquement —
Livrée à la plume, sans jamais me trahir.
Pour m’avoir, en cire scellée, retenue
Quand m’appelaient les sirènes du monde.

Trente ans d’union —
Plus claire que l’amour.
Je connais tes rides,
Comme toi, ligne après ligne, tu connais mes mains.

Marina Tsvetaeva, La Table, 1933 — traduction libre depuis le russe.

L’épisode est à écouter ici et sur toutes les plateformes de streaming

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