110. Ma Dame

Écrire la nuit, c’est comme écrire la femme.
C’est observer le ciel avec émerveillement et profondeur.
C’est sentir les parfums nocturnes qu’elle entretien dans l’intimité de ses rêves inavouables.
C’est se raconter des milliers d’histoires où chacune d’elles se serait passée sur une étoile.

Puis un jour, une de ces chaudes soirées d’août,
L(‘)une d’entre elles traverse le ciel des histoires,
À très grande vitesse, madame est amoureuse.
La voie lactée se dessine alors, réunissant un grand nombre d’étoiles entre elles.

Ma Dame me raconte son passé.
Mais son avenir, elle le sait, se tient dans cette lune argentée,
Celle tellement lumineuse et douce,
Qui rayonne si loin et si fort,
Qu’elle en éteint les quelques étoiles à proximité.

Ma Dame rêve d’amour et de poésie,
De douceur et de tendresse avant que le jour ne se lève…

L’aube, sans pudeur, s’avance alors à pas comptés,
Ne connaissant rien à la nuit,
Effaçant d’un souffle blême et précipité
Ce que la lune avait mis des heures à tisser.

Écrire la nuit c’est résister à ces matins,
Garder un parfum caché dans le lit de la page,
L’ombre d’une étoile filante figée dans le satin de mon encre.
Ma Dame s’endort.

Ses rêves d’amour s’arrondissent dans le silence de ses yeux qui se ferment,
Comme une vague qui ne se brisera jamais,
Roulant encore et encore pour mourir sans bruit
Sur quelque rivage qu’elle ne pourrait pourtant connaître.

Et moi j’écris…
J’écris parce que la femme ne se donne jamais tout à fait,
Elle garde toujours quelque chose
Que le jour ne pourra voir.

Alors écrire la nuit, c’est comme aimer une femme.
C’est savoir que l’aube viendra toujours.
Et écrire quand même.