D’où me vient cette façon d’être traversé par un violoncelle. Ce n’est pas des voix humaines que je l’ai apprise. C’est du vent. Le vent qui ne demande rien, ne raconte rien, et pourtant nous dit tout.
La mélancolie revient toujours avec ses affaires. Elle pose son chargement sur la table et attend, patiente, certaine que quelque chose là-dedans m’appartient. Elle a raison. Elle tient mon stylo depuis longtemps. Je ne lui reproche pas.
Alors un violon passe. Quelques notes, légères comme une chose qui ne sait pas encore qu’elle est belle. Elles ne restent pas. Elles emportent en partant ce qu’elles ont touché…
Je pose l’encre comme on poserait l’archet sur la corde. Doucement. Sachant que le son va mourir. Que c’est pour ça qu’il vit au fond, volatile, s’évanouissant dans les airs, prenant uniquement quelques secondes pour saisir un cœur et observer les volutes odorantes d’une fleur vivant ses derniers instants dans un printemps qui rentrera dans la saison du soleil, sans elle, mais restant dans sa mémoire à jamais.
Je souris.
C’est tout à fait suffisant. C’est même beaucoup.