2 janvier 2026…
Je n’ai toujours pas perdu le sens des mots, des bonnes phrases et des symboles qui transportent l’esprit au-delà du connu.
Perdrais-je tout cela un jour ? Oublierais-je jusqu’aux bonnes choses que j’aime ?
Ma vie aura été une longue tempête qui s’atténue avec le temps. J’ai passé quarante années dans l’œil d’un cyclone duquel je pensais que le comprendre me permettrait de m’échapper, mais comment comprendre la folie, comment comprendre ce qui ne fait qu’organiser le désordre en un cercle tentant, bien trop violemment, de venir taper sur les volets du ciel ?
Ma vie était alors pavée de mille interrogations dont je ne trouvais pas les réponses. Dans cette quête sans fin, je me suis assis, là au milieu de l’œil du cyclone et j’ai finalement observé tout ce bazar volant, propulsé vers le haut pour retomber tout aussi violemment sur la terre, quelques mètres plus loin, brisé par l’expérience d’essayer de voler. Un cochon peut-il vraiment espérer devenir un jour un oiseau ? Il lui serait tout de même honorable d’avoir essayé.
Assis là, disais-je, j’observais, j’écrivais simplement ce que je voyais mais le désordre continuait pourtant de me chahuter de toute part, tant que je pensais faire partie de tout cela au final.
Inspirer, expirer puis compter jusqu’à trois… Un, deux, trois, puis tout cela a disparu. J’avais été propulsé dans un désert avec un sac de graines à la main. Où avais-je pu trouver ce foutu sac de graines… Mystère de la vie que je n’ai toujours pas résolu aujourd’hui. Puis au loin, ce vrombissement incessant, le cyclone était toujours là, mais au loin, perdu dans l’horizon au milieu de nulle part qui devenait depuis quelques minutes mon connu.
Il m’est alors venue une question : « De combien de poètes faudra-t-il attendre la mort avant de comprendre les deux mondes ? »
Intéressant, mais pourquoi ici et maintenant ? La mort m’épiait… Mes pieds s’enlisaient dans une terre qui m’aspirait lentement. Je venais de quitter le vacarme perturbant du vent pour atterrir dans un désert aride et brûlant pour finalement me retrouver aspiré par une terre que je n’avais encore jamais connue, un sac de graines à la main. Ce monde serait-il donc uniquement rattaché à l’absurde et au non-sens ? Ou alors, le sens m’échapperait-il encore une fois en cet instant où je pensais pourtant être sauvé ?
Et puis, pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter un tel sort, un tel acharnement ?
« De combien de poètes faudra-t-il attendre la mort avant de comprendre les deux mondes ? »… Ne serait-ce pas tout simplement là mon épitaphe ?
Une épitaphe de l’esprit que jamais personne ne verra écrite sur aucune stèle. De toute façon, une stèle au milieu d’un désert n’honorerait personne hormis le vantard, le prétentieux. Ici, seul règne encore l’esprit dans toute sa grandeur et sa profondeur…
J’ai aimé, j’ai rêvé, espéré, juré, détesté et oui, ce n’est pas de cet esprit dont je parle. Celui-ci n’est que le cyclone qui élève pour mieux briser. Plus attaché à rien, je vais donc mourir seul, ici, et rien ne restera de moi, autre que ce que j’ai gravé maintenant dans l’esprit.
Mes jambes, mon bassin, sentent le froid de la terre, plus concrètement que jamais et pourtant je l’ai parcourue cette terre, de Tokyo à San Francisco, mais je ne la comprends et ressens réellement qu’aujourd’hui, je crois…
Je m’enfonce, le buste droit, le regard vers l’horizon tel un soldat désuet qui n’a que trop bien servi une patrie qui n’a fait que le trahir. Oui, j’ai été fidèle pourtant, fidèle à cette belliqueuse folasse aux yeux de braise, à celle qui a fait mourir tant d’hommes sur une terre qui n’était pas la leur. Celle même dans laquelle je pénètre en douceur, avec de plus en plus d’amour pour son corps froid et le sein chaud de son esprit, serait-elle dorénavant à moi ? Ou peut-être l’inverse.
Était-elle celle qui m’était destinée ? Je l’ai tant cherchée dans le cœur des femmes mais qu’y ai-je trouvé dans le fond ? Ni froid, ni chaud mais un océan profond de leurs larmes, voguant sur des bateaux sans ravitaillement, scrutant un horizon lumineux qu’elles n’atteindront jamais puisqu’il est sans fin et ne connaît pas de terre.
Quant à moi, on dirait bien que je l’ai trouvée ma terre promise et elle m’aspire toujours plus, elle pénètre chacun de mes derniers orifices, non encore familiers à son odeur et au son des milliards de vers qui la travaillent depuis des siècles.
Mon sac de graines est depuis un moment sous terre maintenant et il se met d’un coup à pleuvoir. De la pluie dans un désert, c’est tellement con ! D’autant plus quand seul mon crâne et mes yeux peuvent encore sentir l’humidité. Mais tout autour de moi les fleurs poussent. Ma tombe est magnifique, j’en pleure les larmes du ciel.
Je n’aurai pas réussi grand-chose mais là je viens d’offrir un trésor éphémère aux bons vivants de ce monde imparfait.
Ne souriez pas bêtement, brave spectateur de ma mort, je viens de vous dire que c’était ce que j’avais fait de mieux.
Que pouvez-vous dire de vous-même à ce jour et que vous ayez réalisé avec les choses de ce monde et que vous ayez offert avec générosité, beauté et éternité éphémère ?
Éternité éphémère, oui, parce que ces fleurs aux centaines de formes, d’odeurs et de couleurs seront les dernières choses que je verrai et que je garderai de vous ici-bas. Cueillez-les, piétinez-les, dessinez-les, figez-les dans des plastiques transparents de vos mers ou des cahiers dans lesquels vous leur donnerez soigneusement un nom pour paraître intelligent. Faites-en bien ce que vous en voulez, je sais déjà que vous n’en ferez pas grand-chose de bien car après tout, me voilà disparu de votre monde, six pieds sous terre et…
« De combien de poètes faudra-t-il attendre la mort avant de comprendre les deux mondes ? »
FIN – 2 janvier 2026 🥀





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