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	<title>Loic Demey &#8211; Voie Poétique</title>
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	<description>𝐿𝑒𝑠 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑒𝑚𝑝𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑜𝑒𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 …</description>
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		<title>Je, d&#8217;un accident d&#8217;amour &#8211; Loïc Demey</title>
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		<dc:creator><![CDATA[David]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 May 2025 16:05:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Recensions]]></category>
		<category><![CDATA[Editions Cheyne]]></category>
		<category><![CDATA[Livre]]></category>
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					<description><![CDATA[Il existe des livres qui nous tombent des mains par ennui, d&#8217;autres par émerveillement. Le premier recueil de Loïc Demey, « Je, d&#8217;un accident ou d&#8217;amour »,...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="whitespace-normal break-words">Il existe des livres qui nous tombent des mains par ennui, d&rsquo;autres par émerveillement. Le premier recueil de Loïc Demey, « Je, d&rsquo;un accident ou d&rsquo;amour », publié aux <a href="https://cheyne-editeur.com/livre/productidn/1711571/je-dun-accident-ou-damourloc-demey" target="_blank" rel="noopener">éditions Cheyne</a> et récompensé par le <a href="https://www.sgdl.org/sgdl-accueil/les-prix/les-grands-prix/grand-prix-sgdl-de-poesie" target="_blank" rel="noopener">Prix SGDL Révélation de poésie</a> en 2016, appartient à cette seconde catégorie. Non pas qu&rsquo;il soit d&rsquo;un accès immédiat – bien au contraire –, mais parce qu&rsquo;il opère sur nous cette magie rare de la sidération linguistique.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">L&rsquo;originalité de ce texte tient en une contrainte aussi simple qu&rsquo;audacieuse : l&rsquo;absence totale de verbes. « Dans son livre, les êtres ne s&rsquo;aiment pas, ils s&rsquo;amour », résume parfaitement cette transgression grammaticale. Demey a choisi de bâtir un récit d&rsquo;amour en évacuant le moteur même de l&rsquo;action, le verbe, pour ne garder que l&rsquo;essence poétique des substantifs et des adjectifs.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Cette contrainte oulipienne pourrait sembler artificielle, mais elle révèle au contraire une profonde cohérence poétique. Car l&rsquo;amour, justement, n&rsquo;est-il pas cet état où l&rsquo;être se fait substance pure, où l&rsquo;on devient davantage qu&rsquo;on n&rsquo;agit ? « Adèle se robe rouge et talons à l&rsquo;affût sur le fauteuil. Je me serviette, elle se debout et m&rsquo;autour du cou. Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d&rsquo;amour à l&rsquo;oreille » : dans ces lignes flotte une sensualité immédiate, une présence charnelle que ne ternirait aucune conjugaison.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Loïc Demey, né en 1977 en Lorraine où il enseigne l&rsquo;éducation physique et sportive, s&rsquo;inspire « des univers poétiques et musicaux » pour « détourner et bousculer la langue afin d&rsquo;y trouver la bonne tonalité ». Ce détournement n&rsquo;est jamais gratuit : il sert une esthétique de l&rsquo;épurement où chaque mot compte, où la syntaxe se fait rythme.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">L&rsquo;inspiration vient d&rsquo;une chanson d&rsquo;Arthur H, elle-même inspirée d&rsquo;un poème de Ghérasim Luca. Cette filiation révèle l&rsquo;appartenance de Demey à une lignée expérimentale qui, de Luca à Arthur H en passant par les surréalistes, n&rsquo;a cessé d&rsquo;interroger les possibles de la langue française. Mais là où Luca jouait sur les sonorités et les répétitions, Demey creuse l&rsquo;ellipse et l&rsquo;implicite.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Sans verbes, le texte acquiert une musicalité particulière, celle d&rsquo;un jazz sans batterie où seuls les solos s&rsquo;enchaînent. Les phrases s&rsquo;étirent, se contractent, créent un rythme nouveau fondé sur la surprise syntaxique et l&rsquo;attente déçue. « La pièce se sombre, je m&rsquo;orage. La fermeture éclair. La robe, tonnerre. Sa tunique en l&rsquo;air et ses dessous à terre. La rue se lune, le ciel se nuit. Je la nue. »</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Cette prose poétique fonctionne par images fulgurantes, par associations libres qui rappellent l&rsquo;écriture automatique des surréalistes tout en gardant une cohérence narrative. L&rsquo;amour s&rsquo;y déploie dans sa dimension la plus sensuelle et la plus imaginaire, entre accident et évidence.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Au-delà de l&rsquo;expérimentation formelle, ce livre questionne notre rapport au temps et à l&rsquo;existence amoureuse. Comme l&rsquo;explique l&rsquo;auteur : « Puisque le réel ne peut être raconté, il tente de dire ce qu&rsquo;il en reste. À savoir sa sensation ». L&rsquo;absence de verbes traduit cette volonté de saisir l&rsquo;amour non dans son déroulement chronologique mais dans sa pure présence.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Cette démarche rejoint paradoxalement une certaine tradition mystique où l&rsquo;extase se dit par la négation, par ce qui lui manque plutôt que par ce qu&rsquo;elle est. Ici, c&rsquo;est par l&rsquo;absence du verbe que se révèle la plénitude de l&rsquo;être amoureux. Le « je » du titre oscille entre accident et amour, comme si ces deux termes étaient les deux faces d&rsquo;une même expérience existentielle.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Il y a chez Demey une véritable érotisation de la langue elle-même. Ses « mots sont des sensations avant de déclencher des émotions », et cette sensualité langagière contamine l&rsquo;ensemble du texte. L&rsquo;amour physique et l&rsquo;amour des mots se confondent dans une même célébration de l&rsquo;incarnation.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Cette approche charnelle de l&rsquo;écriture rappelle certains passages de L&rsquo;Amant de Marguerite Duras ou les expérimentations d&rsquo;Hélène Cixous, mais avec une radicalité formelle qui lui est propre. Demey ne décrit pas l&rsquo;amour, il le fait advenir dans et par la langue malmenée, réinventée.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">« Je, d&rsquo;un accident ou d&rsquo;amour » n&rsquo;est pas un livre qu&rsquo;on lit, c&rsquo;est un livre qu&rsquo;on éprouve. Sa brièveté – 44 pages seulement – concentre une intensité rare. Chaque page demande un effort d&rsquo;adaptation, une complicité active du lecteur qui doit réapprendre à lire, à construire du sens à partir de fragments syntaxiques.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Certains lecteurs avouent s&rsquo;être « sentis essoufflés » par cette lecture, « perdus » parfois dans ce que raconte l&rsquo;auteur. Cette difficulté fait partie intégrante de l&rsquo;expérience esthétique proposée : comme l&rsquo;amour, ce texte demande un abandon, une confiance aveugle en sa logique interne.</p>
<h2 class="text-xl font-bold text-text-100 mt-1 -mb-0.5">En conclusion</h2>
<p class="whitespace-normal break-words">Avec ce premier opus, Loïc Demey signe l&rsquo;émergence d&rsquo;une voix singulière dans le paysage poétique contemporain. Son approche expérimentale n&rsquo;est jamais gratuite : elle sert un projet esthétique cohérent où la contrainte libère plutôt qu&rsquo;elle n&rsquo;entrave.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Dans une époque où la poésie cherche souvent ses marques entre lyrisme néo-romantique et prosaïsme du quotidien, Demey propose une troisième voie : celle d&rsquo;une radicalité formelle au service d&rsquo;une authenticité émotionnelle. Son accident de la langue révèle finalement les possibles insoupçonnés de notre amour des mots.</p>
<p class="whitespace-normal break-words">Ce livre mérite sa place dans toute bibliothèque poétique contemporaine, non seulement pour son originalité formelle mais surtout pour sa capacité à renouveler notre rapport à la langue amoureuse. Un livre à découvrir, à relire, à laisser infuser – comme tous les vrais accidents qui changent une vie.</p>
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